Les colonies
Cette peinture est l'une des quatre grandes toiles présentées à l'exposition des Arts décoratifs et industriels de Paris en 1925. Chacune d’elles représente l’une des principales vocations économiques de Bordeaux et sa région. Les colonies de Marius de Buzon se veut l'illustration de la diversité des liens que Bordeaux a noués avec le continent africain et l’Océanie.
Véritable invitation au voyage et à l’exotisme
Le portefaix noir peint de dos est l’axe de symétrie du tableau. Il est représenté en atlante, un lourd fardeau reposant sur ses épaules. Deux femmes debout et de face l’encadrent. D’autres personnages, principalement féminins, se groupent autour de lui. Ce sont des femmes d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne, mais aussi une femme représentant la Polynésie.
À gauche du tableau, trois d’entre elles sont debout. La première porte des fruits, la seconde une jarre sur son dos et la troisième file la laine. À leurs pieds, des paniers regorgent de fruits colorés et donnent une impression d’abondance. À droite, une femme assise, de dos, étend ses bras à l’horizontal comme dans un mouvement de danse. Deux aras, une variété de perroquets, sont perchés sur ses mains. D’autres animaux du continent africain sont visibles en arrière-plan : un dromadaire, un éléphant et une gazelle tenue sur les épaules d’un homme.
Au fond, bateaux à voile et à vapeur évoquent le port d’Alger.
Une œuvre à la fois classique et moderne
L'œuvre est peinte dans un camaïeu de gris qui fait ressortir l'éclatante luminosité des étoffes blanches. Des teintes rouge-orange égayent et réchauffent l'ensemble. La composition symétrique et équilibrée et le goût de la ligne et du dessin en font une œuvre classique. L’attitude de la femme assise de dos, à gauche, rappelle celle de la baigneuse jouant de la mandoline dans le célèbre tableau de Ingres "Le Bain Turc". Pourtant, une touche de modernité se lit par le rendu légèrement géométrisé des volumes et du modelé et par l'interprétation simplifiée des formes.
L’exposition des Arts décoratifs de Paris (1925)
En novembre 1925, se tient à Paris l’exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels. 21 pays y sont représentés et les régions de France y sont aussi présentes. Le pavillon de Bordeaux est implanté dans l’une des quatre tours dédiées aux vins français. Il est aménagé par l’architecte bordelais Pierre Ferret. À l’occasion, quatre artistes sont dépêchés pour réaliser des fresques glorifiant les principales ressources économiques de Bordeaux et sa région. Outre La forêt landaise de François-Maurice Roganeau, sont exposées L’Agriculture de Jean Despujols, Les Colonies de Marius de Buzon et La vigne et le vin de Jean Dupas. Pierre Ferret exige des quatre artistes une palette sobre et des tons de grisaille afin de mettre en valeur les couleurs vives d'une statue colossale d’Alfred Janniot, installée au centre de la tour.