Image
Vue du tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons.

Tremblez, tremblez ! Les sorcières sont parmi nous

À partir du 15 octobre 2026

1609, Bordeaux. Une commission d’enquête dépêchée par le parlement de Guyenne, sur ordre du roi Henri IV, se rend au Pays basque pour « purger le pays de tous les sorciers et sorcières sous l’emprise des démons ». Des femmes, surtout, sont les victimes de ces jugements expéditifs. 
Commence alors la traque des « filles du diable » qui enflamme le Sud-Ouest. Elle reflète les nombreux procès en sorcellerie menés dans toute l’Europe occidentale de 1560 à 1630.

De la figure mythique à la sorcière fantasmée

Dans l’Antiquité gréco-romaine, magiciennes, ensorceleuses ou empoisonneuses tissent les fondements d’une histoire sans fin, entre puissance, protection, méfiance et désir de vengeance. Prenez Hécate, « mère des sorcières », déesse de la nouvelle lune ou lune noire. Liée à la mort et à la renaissance, elle protège les carrefours et guide les esprits. 

Plus tard, au Moyen Âge, il n'y a pas encore de chasse aux sorcières organisée, mais déjà des figures marginalisées. Les guérisseuses, « bonnes femmes », sages-femmes, croisent les regards suspicieux du pouvoir ecclésiastique. Pas encore diabolisées, les femmes n’en sont pas moins surveillées.
Dans le Sud-Ouest, terre de passages et d’hérésies, la figure de la sorcière émerge, comme ailleurs en Europe. Elle est le résultat d'une construction religieuse, politique et misogyne.  A partir du 14e siècle, les pratiques magiques sont considérées comme crimes hérétiques. Elles deviennent punissables de mort. Le diable s’infiltre dans les peurs collectives. Le sabbat, fameuse assemblée de sorcières, est alors décrit de manière très concrète par les démonologues. Largement diffusée des 15e au 17e siècles, cette vision fantasmée fait de la sorcellerie une réalité.

Image
Guérard Eugène Charles François_Déjeuner dans le trou de la sorcière

Guérard Eugène Charles François. Déjeuner dans
le trou de la sorcière. Collection Goupil

 

De l’ombre à la lumière : la sorcière réinventée, icône féministe

Au 18e siècle, les sorcières existent toujours mais les bûchers se sont éteints. Dans l’œuvre de Goya, la sorcière occulte devient celle par qui l’artiste en appelle à la raison, dénonce l’ignorance et la crédulité humaines. 

La magie revient aussi à des fonctions plus domestiques. La  « sorcellerie de voisinage » soigne et guérit, invente et réinvente une médecine populaire. Le savoir se transmet oralement, de mère en fille, dans les cuisines et les greniers, entre herbiers, potions et grimoires. Dans les campagnes du Sud-Ouest, on consulte des rebouteuses, désenvoûteuses ou cartomanciennes. 
Dans les Landes de Gascogne, les histoires de sorcières se racontent au coin du feu. Les croyances sont vivantes et tenaces. La stigmatisation du corps des femmes persiste. La psychiatrie du 19e siècle s’intéresse notamment à la mélancolie et à l’hystérie, faisant de la femme un objet d’expérimentations.

Cependant, la figure de la sorcière se réenchante par les arts. Elle devient ainsi un symbole poétique du romantisme, entre souffrance et liberté.  A la fois inquiétante et attirante, l'image de la sorcière continue d’infuser dans la culture populaire contemporaine, de Blanche-Neige à Charmed, de Loïe Fuller à Harry Potter...
Dans les années 1970, la sorcière renaît également comme symbole de lutte. Se reconnaître sorcière devient un acte de résistance. Aujourd'hui, elle existe autrement : elle ne brûle plus, elle écrit, elle manifeste, elle soigne.  

Image
Charles Fréger La Suite basque, série Sorginak, détail 2015-2016

Charles Fréger, La Suite basque, série Sorginak, détail 2015-2016
© Charles Fréger

Informations pratiques

Tarif : 8 € 
Tarif réduit : 4,50 €. Le tarif réduit s’applique pour :  

  • Les groupes d’adultes de 10 personnes et plus
  • Les demandeurs d’emploi
  • Toute entrée effectuée moins d’une heure avant la fermeture du musée
  • Lors d’une fermeture partielle des collections permanentes  

Tarif étudiant (-26 ans)* : 2 €. Sur présentation d’un justificatif (carte étudiante avec pièce d’identité ou certificat de scolarité) 

Gratuit pour : 
- les jeunes de moins de 18 ans
- Les personnes en situation de handicap et leur accompagnateur
- Les bénéficiaires de minimas sociaux 
- Les titulaires de la Carte jeune Bordeaux Métropole