La dissertation de philosophie de Jean Moulin

La collection des devoirs scolaires de Jean Moulin de ses années collège et lycée reflète l’éducation de ce héros de la Résistance. 

Parcourez en vidéo (Open in new window) cette dissertation de Jean Moulin. 

Un pamphlet contre les atrocités de la guerre

Jean Moulin a 16 ans lorsqu’il rédige cette dissertation en octobre 1915. Dans le contexte particulier de Première Guerre mondiale, l’enseignement de la IIIème République entretient l’exacerbation des sentiments nationalistes et germanophobes. Pourtant, Jean Moulin, n’hésite pas à le contredire au nom des valeurs morales qu’il évoque dans son devoir. Il manifeste sa volonté à résister aussi bien à la barbarie des ennemis qu'à celle qui peut nous tenter : 

« Nous n’avons pas le droit, devant notre conscience de tuer des femmes et des enfants sous prétexte que les Boches en font autant chez nous. »

Si le sujet précis du devoir n’apparaît pas sur la copie, la réflexion de Jean Moulin porte néanmoins sur la question des moyens à utiliser pour assurer le triomphe de la patrie, y compris les plus atroces qu’il dénonce avec conviction. 

Certains de ces mots font écho au résistant qu’il devient quelques années plus tard…

Jean Moulin, le “visage de la France”

Né à Béziers en 1899, Jean Moulin devient, après des études de droit, le plus jeune sous-préfet, puis le plus jeune préfet de France. 
Destitué par le gouvernement de Vichy, il part pour Londres en septembre 1941. Parachuté en Provence dans la nuit du 1er janvier 1942, il est porteur de deux ordres de mission, un civil et un militaire. Il est chargé de coordonner l'action des mouvements de Résistance et d'organiser une armée secrète. Le 21 juin 1943, il est arrêté par la Gestapo à Caluire-et-Cuire. Malgré les actes de torture qu’il subit, Jean Moulin garde le silence et reste fidèle à la Résistance jusqu’à sa mort. Torturé, il meurt de ses blessures.   

Depuis le 19 décembre 1964, ses cendres reposent au Panthéon. 

« Certaines gens prétendent que pour assurer le triomphe de la patrie tous les moyens sont bons. Tout est permis affirment-ils, lorsque le sort du pays est en Jeu. Cette théorie qui parait tout d’abord très juste est, nous allons le voir entièrement contraire aux principes de loyalisme et d’humanité.

C’est d’ailleurs la théorie même des Allemands. Nous aurons toujours présent à l’esprit la déclaration de M. de Bethmann-Hollweg : « L’homme d’Etat qui hésiterait à employer tous les moyens de combat contre des ennemis tels que les nôtres devrait être pendu ». Et c’est en vertu de ces principes qu’ils commettent les pires cruautés. Qui de nous ne se souvient de l’ignoble conduite des Allemands lors de l’invasion ? C’est par milliers qu’ils massacrèrent prêtres, femmes, et enfants. Tous les jours leurs sous-marins pirates envoient au fond de l’eau d’innocentes créatures, tandis que leurs super zeppelins vont semer la mort sur des cités sans défense. Et la mauvaise excuse qu’ils donnent pour voiler ces crimes est celle-ci : Toutes les armes sont permises lorsqu’il s’agit de sauver notre pays.

Nous voyons donc maintenant ce qu’il y a de cruel dans cette maxime. Aussi loin d’imiter les méthodes de guerre des Barbares, nous devons combattre loyalement et n’user de représailles que si cela ne contrarie en rien le droit des gens. Nous n’avons pas le droit, devant notre conscience de tuer des femmes et des enfants sous prétexte que les Boches en font autant chez nous. Il ne faut à aucun prix que nos fils aient un reproche à nous adresser. Il ne faut pas que les générations à venir aient à rougir de notre conduite. Nous devons agir avec droiture pour qu’ils puissent dire de nos chefs et de nos soldats : « Ils ont préféré la mort à la trahison ! … »

Ceci nous prouve qu’il ne faut pas mettre en pratique la théorie de ces gens-là. Ceux qui déclarent que tous les moyens sont bons pour assurer le succès de la patrie ne font pas d’acte d’humanité. Nous devons cependant les excuser car beaucoup ont parlé sans réfléchir. Ils n’ont pas vu toutes les conséquences qu’impliqueraient de tels actes et croyaient fermement agir en bons Français. Nous devons nous efforcer à leur faire comprendre leurs sorts. Disons leur bien que nous devons continuer loyalement la guerre que nous avons entreprise pour la cause de la Justice. Nous ne serions plus les champions de la liberté et de la civilisation opprimées si nous nous abaissions à commettre de telles atrocités. D’ailleurs nous pouvons être tranquilles le soldat Français a trop de grandeur d’âme pour porter la moindre atteinte au droit des gens. »

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Description

Dissertation de Jean Moulin, lycéen, rédigée le 16 octobre 1915. Numéro d'inventaire 2006.79_3

© Mairie de Bordeaux, collections Centre national Jean Moulin

Les merveilles du musée d'Aquitaine | La dissertation de philosophie de Jean Moulin

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