Brouillard en rade de Bordeaux, Raoul François Ferdinand Brun (Bordeaux, 1848-1898)
Huile sur toile, 95 x 151 cm
Dans cette vue du port de Bordeaux noyé sous un brouillard hivernal, Raoul Brun déploie un paysage d’une intensité rare : un stupéfiant camaïeu de noirs et de gris argentés, traversé par la lueur pâle d’un astre dont le rayonnement quasi surnaturel glisse sur les toits de tuiles des hangars et sur le pavé boueux d’une cale en pente douce. Depuis la place de la Bourse, le regard embrasse le quai de pierre édifié sous Louis XV, initialement conçu comme un « balcon sur la Garonne » puis transformé en appontement marchand.
Le paysage, animé, pourtant silencieux, voit passer des charrettes attelées tandis que des rangées de barriques patientent sur le quai. La brume densifie la ville et fond les façades en une masse sombre d’où émergent à peine les silhouettes de Saint-Michel, de la porte Cailhau ou de l’hôtel des Douanes, identifiables seulement grâce aux flèches et clochetons qui les percent.
Les vaisseaux, leurs mâts, les grues, les cheminées fumantes, l’enseigne du débarcadère et la procession des dockers composent un véritable théâtre d’ombres, donnant au paysage bordelais un parfum de Londres à l’époque de Dickens.
Cette quasi-monochromie audacieuse est proche d’une « grisaille impressionniste ».
Cette oeuvre, acquise par les Amis du musée d’Aquitaine, enrichit de manière remarquable la représentation du Bordeaux portuaire du 19e siècle.
Par Adeline Falières, présidente des Amis du musée d’Aquitaine.