Mériadeck : flânerie seventies en centre-ville
Pénétrez la face cachée du centre. Entrez ici dans un havre de respiration, aménagé autour d’un parc central, à l’abri de la circulation. Levez les yeux sur l’architecture de béton aux lignes pures, très instagrammable ! À deux pas du Bordeaux ancien connu et reconnu pour son architecture classique, vous avez juste à traverser le cours d’Albret depuis le musée des Beaux-Arts pour changer radicalement d’univers. En plein dans la zone urbaine inscrite sur la Liste du patrimoine mondial par l’UNESCO au titre du port de la Lune, bienvenu au cœur d’un autre patrimoine : Mériadeck, ensemble sur dalle préservé, construit sur plusieurs décennies dans la seconde moitié du 20e siècle.
«L’évolution de l’économie a amené à modifier notre plan initial, trop timide, modeste et presque banal. » J. Chaban-Delmas
Dans la machine à remonter le temps...
Le terrain, très marécageux comme souvent à Bordeaux, est assaini à partir du 16e siècle. On est alors aux portes de la cité et il s’agit d’en améliorer la salubrité, car au sein des remparts on souffre d'épidémies. Au siècle suivant, l’archevêque François de Sourdis poursuit la transformation du coin, jusqu’à ce que les désordres de la période de la Fronde mettent un coup d’arrêt. En 1769, c’est un autre archevêque, Ferdinand-Maximilien-Mériadec de Rohan, qui achète ces terres pour les lotir, afin de financer la construction du Palais-Rohan. Au début du 19e siècle, les premiers occupants sont des artisans, mais les lots mal drainés se vendant mal et une population plus humble de travailleurs peuple bientôt le quartier, qui se couvre de petites industries.
Tabula rasa
Dans les années 1960, au moment même où l’on protège le centre historique pour son caractère patrimonial, on démolit ici l’ancien quartier populaire fait de rues d’échoppes, peu entretenues et frappées parfois d’insalubrité. Hormis l’ancienne fontaine déplacée place Raynal, il reste peu de traces de ce quartier. Seules les mémoires gardent le souvenir d’un cœur vivant, battant au rythme du marché aux puces de la place principale du quartier et connu aussi pour ses activités de prostitution.
Dalle et dédales
Le nouveau quartier de l’hôtel de Ville voit le jour dans les années 1960, destiné d’abord à apporter du logement. Mais rapidement les orientations changent : on passe d’une politique de l’habitat à une politique plus stratégique d’aménagement d’ampleur du territoire. Le projet de Mériadeck est réorienté : un quartier mixte à tendance tertiaire voit le jour. L’un des enjeux d’usage qui marque le plus la forme du quartier, est celui de séparer les circulations : piétons en haut en rez-de-dalle et voitures en dessous en rez-de-chaussée. Si vous avez du mal à vous repérer en arpentant Mériadeck, vous saurez maintenant que cette déroutante organisation à niveaux partait d’une bonne intention : protéger les piétons !
Carte postale moderne
Les équipements administratifs et culturels, les bureaux, poussent peu à peu autour de variations sur un plan en croix : croix simple, croix double ou croix imbriquées, le plus souvent avec la taille de guêpe resserrée au niveau de la dalle, cette forme est à toutes les sauces ici : de quoi viser un quartier harmonieux mais non uniforme. Une vraie promenade architecturale ! D’ailleurs, les immeubles modernes se retrouvent rapidement sur les cartes postales bordelaises de l’époque.
Un patrimoine en mutation
L’enjeu d'évolution du quartier est important : réhabilitations, adaptation végétale, travail sur des circulations clarifiées et mieux reliées au centre-ville... Tout un programme concerne aujourd’hui Mériadeck. Mais cette fois, sans tabula rasa ! Il s’agit de considérer l’existant, notamment sous l’angle du patrimoine. De la caisse d’Epargne à certaines tours emblématiques de logements ou de bureaux, le quartier compte en effet aujourd’hui plusieurs monuments historiques ! Au-delà de ses qualités architecturales, il est aussi un lieu emblématique de la naissance des cultures urbaines à Bordeaux, du street art au skate.