L’échoppe, star bordelaise
Vous êtes forcément passés à côté de ces petites maisons de pierre, sans étage, toutes alignées, et dont les portes et fenêtres sont parfois surmontées de quelques sculptures. Elles foisonnent dans les anciens faubourgs résidentiels et marquent le paysage bordelais, dès que l’on pousse la promenade un peu au-delà du centre.
Les 10 000 échoppes qui parsèment la ville sont à la fois « toutes pareilles et toutes différentes » - Robert Coustet
La ville aux 10 000 échoppes
Le développement extraordinaire de Bordeaux à la moitié du 19e siècle entraine la construction de plus de 10 000 échoppes, accueillant des ouvriers comme des couches sociales plus aisées. Si ce terme existe dès le Moyen Âge, il désigne alors plutôt des lieux de commerce et non d’habitation.
Echoppe simple ou échoppe double ?
Depuis la rue, les échoppes simples se reconnaissent à leur porte latérale qui dessert un couloir, et une façade de 5 à 7m de large. Les échoppes doubles, pour les familles plus nombreuses ou plus aisées, offrent des pièces de chaque côté de la porte et une surface plus conséquente.
Le mythe de la pièce noire
Entrons visiter les lieux… Côté rue, les chambres. Puis, dans la profondeur, la cuisine et la salle à manger. Au milieu, il est souvent question de la « pièce noire », aujourd’hui décriée car sans lumière directe. Toutes les échoppes n’en possèdent pas : cet espace pouvait servir à la cage d’escalier pour la cave ou les combles. Mais lorsqu’elle existe, elle n’était pas dénuée d’utilité : cabinet de toilette, lieu de rangement, chambre secondaire. Et permettait d’éviter les trop grandes pièces, difficiles à chauffer.
Un habitat à la pointe du confort et de l’hygiène !
Ces petites maisons ne manquent pas d’ingéniosité. En plein siècle hygiéniste, tout est pensé pour être propre, pratique, confortable. Les toilettes ne sont plus isolées au fond du jardin, mais forment une extension à l’arrière de la maison ; tout comme la souillarde, cette pièce rattachée à la cuisine pour effectuer les tâches salissantes. Ces deux appendices peuvent être reliées par une véranda qui amène charme et confort thermique, tout en faisant la transition avec le jardin arrière. Enfin, la cave est accessible directement depuis la rue par le soupirail, pour y livrer le charbon nécessaire au chauffage.
Une échoppe ne vient jamais seule
Au 19e siècle, puis jusque dans l’Entre-deux-guerres au siècle suivant, entrepreneurs et investisseurs créent des rues entières d’échoppes pour répondre à la demande croissante de logements. Les quartiers d’échoppes ceinturent ainsi la ville, entre les cours et les boulevards.
A elles toutes, les échoppes forment de véritables « éco-quartiers ». Car derrière ces façades de pierre bien alignées, se cache un cœur d’ilot végétalisé : les jardins. Pouvant servir à l’époque de jardins nourriciers grâce au potager, ils sont aujourd’hui particulièrement appréciés. Préservons-les !